Myanmar, ces enfants qu’on oublie.

Batu Arang, un lieu hors du temps:

Cela fait 2 semaines que mon ami musicien Colombien Fabian est arrivé. Nous avons pris le temps de visiter le Sarawak et joué autant que possible. Il est maintenant temps de l’emmener à un endroit très spécial, et très cher à mon cœur : Batu Arang.

Batu Arang, c’est le nom d’un Kampung (petit village) au nord de Kuala Lumpur sur la péninsule Malaisienne ou se trouve une mission humanitaire que j’ai eu la chance et le bonheur de découvrir par le biais d’une amie infirmière qui y travaillait pendant plusieurs mois.

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Lors de mon premier séjour à Batu Arang

Cette mission est un endroit très spécial: perdue au milieu d’un tout petit village, il y a plusieurs maisons où sont regroupés les patients par âge et catégories. Par exemple, dans la « house 15 » où j’avais passé la majorité de mon temps lors de ma première visite sont logés des réfugiés du Myanmar mais également des malades du HIV (Sida).

Les personnes qui aident et s’occupent des réfugiés ont toutes un lourd passé mais également un cœur d’or et m’ont toujours reçu avec une générosité hors du commun.

La Maison 7:

Cette fois ci nous sommes accueillis par Alex, le directeur du centre, un indien aux cheveux blancs peu bavard mais qui est sur tous les fronts pour aider tout le monde. Il nous emmène à la Maison 7.

 

myanmarmyanmarmyanmarJ’y avais passé une journée lors de mon premier séjour, et je retrouve ici les enfants, ados pour la plupart et tous réfugiés du Myanmar. Cette maison est la 2e qu’ils connaissent en général car beaucoup arrivent dans un état de dénutrition tel qu’ils ne peuvent bouger, se nourrir, et nécessitent des soins bien plus intenses dans d’autres maisons mieux équipées médicalement.

La Maison 7 est celle ou l’espoir d’une nouvelle vie recommence à germer, mais également la maison des désillusions car cette nouvelle promesse de vie se finit le plus souvent dans d’autres camps.

Pour simplifier, cette mission humanitaire récupère les réfugiés, les retape et souvent s’ils ne sont pas acceptés par des membres éloignés de leur famille sont redirigés vers d’autres centres.
Du coup il règne ici une ambiance très particulière et Fabian et moi allons y dormir et vivre avec eux 3 jours.

J’en reconnais quelques un dont un: « n’a qu’un sourcil » comme je le surnomme qui est sorti de la maison 15 ou je l’avais connu en chaise roulante et qui maintenant remarche, difficilement mais remarche ! Il me prend dans ses bras et c’est un véritable bonheur de les retrouver.

Je sors direct ma flûte, ma guitare et je commence à jouer, Fabian prend ses marques rapidement et nous entamons la phase de connexion par la musique. Les liens se font en douceur au long de la journée, nous partageons les instruments et les invitons à chanter eux aussi.

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Photo: Fabian Suarez

On leur montre comment jouer, on aide à de simples choses ménagères, j’aide à marcher mon ami « n’a qu’un sourcil ». La langue ne fonctionne pas, ils ne comprennent pas l’anglais mais la musique leur parle, aussi nous jouons, non stop, nous jouons ensemble et la magie opère !
Les sourires se font moins timides, les gestes aussi plus chaleureux. Quand ils voient qu’on reste dormir avec eux ils sont étonnés car personne de l’extérieur ne prend le temps pour eux mis à part les surveillants et les aides soignants.

Le lendemain nous passons du temps à la maison 15 avec mes autres amis (une vidéo leur sera consacrée prochainement) mais pas le temps de faire les autres maisons et nous retournons avec les gamins de la House 7.

Une dernière soirée unique:

Cette fois ci, la glace est totalement brisée, nous jouons mais aussi Fabian sort son appareil photo, je sors ma caméra et nous les laissons se prendre en photo et filmer eux même ! Ils s’éclatent, nous nous éclatons ensemble!!

De grands et beaux fous rires suivis de musique et de danse. Une réelle communion entre nous s’est installée, ils nous ouvrent leur confiance et nous en sommes touchés. Cette soirée restera gravée dans la mémoire de Fabian et la mienne, unique, presque indescriptible d’émotions entre 2 cultures opposées. Ces enfants ont tout perdu, ont presque tous été torturés, ont vu des horreurs et cela se voit quand ils dorment, recroquevillés sur eux mêmes, certains sanglots percent la nuit…mais tous ont cette incroyable force de volonté de vivre et nous en sortons bouleversés.

Ils ont partagés le peu qu’ils avaient avec nous, nous leur avons seulement apporté la musique et un peu de rire. Dans la vidéo de cet article les photos ont été prises par Fabian (qui est aussi photographe) mais également par les enfants entre eux. Elle illustre je pense un peu le trop court séjour parmi eux.

Au dernier matin, le temps de dire au revoir est dur, plusieurs d’entre eux ont un geste complètement nouveau pour Fab et moi. Ils nous prennent dans les bras, mais nous embrassent sur la poitrine au niveau du cœur, un geste lourd de symbolique et c’est plein d’émotions que le fils d’Alex nous emmène à l’aeroport en direction de Jakarta.

Fab est sans voix, pour être passé par la lors de mon premier séjour je sais quelles émotions le traversent.

Nous sommes tous dans nos bulles de vie, nous percevons tous le monde au travers des « on dit », au travers des infos, de la télé, des médias…Mais vivre ce genre d’expérience change une vie, et pas seulement la notre car la musique crée une magie fabuleuse qui a surement touché plus d’un de ces gamins. A ce moment la, je sais que l’Art donne de l’espoir et nourri le cœur plus que n’importe quelle médecine.

Le défunt grand musicien et poète réunionnais Alain Peters parlait de la musique comme du « manzé pou le ker », littéralement la nourriture du coeur, et ce que nous avons partagés avec ces réfugiés était un véritable festin pour nos âmes.

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Photo: Fabian Suarez

4 Responses to Myanmar, ces enfants qu’on oublie.

  1. Romain dit:

    Salut Nico,

    content d’avoir de tes nouvelles. Et de savoir que vous vivez des moment enrichissants.
    Je vois que vous tournez un peu en Malaisie.
    Ton road trip va durer 3 mois, c’est ça?

    • Niko Coyez dit:

      Hello Romain!!!

      Et bien, sur la Malaisie, le séjour était de 2 semaines pour mon ami Fab mais moi je dois y rester quelques temps après l’Indonésie et avant…Népal? Peut être.
      Merci de me suivre, ça me fait plaisir d’avoir de tes nouvelles, la suite des aventures arrive aujourd’hui même!
      A très vite mon dalon

  2. Laurent Dessaints dit:

    Salut Niko, ton article est magnifique. J’ai un ami, Vivi, qui m’avait dit il y a environ 15 ans: « les musiciens sont là pour soigner le monde »… je trouvais cela un peu « prétentieux » à l’époque…je me rends compte à présent que c’est vrai. Prends soin de toi , on reste en contact, en tout cas moi je te suis même si ici le tourbillon de la vie citadine nous fait perdre le nord. A bientôt !! bises

    • Niko Coyez dit:

      Salut Lolo! Merci pour ton pti com. Pour ma part, je pense que l’Art est la clé pour rendre notre monde meilleur et tirer la société vers le haut. Quand on pense que même un gamin qui chante un petit air peut donner du smile pour tout une journée, la musique est un baume pour le coeur et l’âme.
      A bientôt mon ami, tu me rejoins quand tu veux 😉
      Bises

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