Bali autrement: une répétition générale intense et poétique

bali autrement

Bali autrement, une répétition générale intense et poétique :

Après avoir suivi mon ami Pacet pendant toutes ces journées (lire les articles précédents) j’avais hâte d’assister à cette dernière répétition et j’en garde des émotions très vives.

Tout d’abord, cet article contient 2 vidéos, chacune exceptionnellement plus longues que la normale car malgré toutes les heures de travail à chercher à les raccourcir j’en suis venu à la conclusion que je ne voulais pas vous priver de ces moments rarissimes. Je n’ai à ce jour trouvé aucune vidéo montrant ce à quoi j’ai eu la chance d’assister et j’espère que vous prendrez plaisir à les regarder à votre tour.

Installation, préparation et café matinal :

Nous sommes arrivés sur le centre culturel de répétition à Denpasar (lire l’article correspondant) ou je me sens maintenant comme à la maison tôt le matin. Café, thé, les musiciens arrivent les uns après les autres mais cette fois ci de nouveaux arrivants font leur entrée : les danseurs ! Wouaw, je vais enfin pouvoir les voir travailler avec un autre angle de vue !! Quel cadeau.

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Stretching obligatoire, ils sortent les costumes et les étalent à même le sol au milieu de la salle. Le maquillage commence alors que Pacet entame la répétition avec les musiciens. Quel soucis du détail, je sens que la concentration aujourd’hui est totalement différente des jours précédents, il règne une sorte d’atmosphère quasi religieuse mais détendue et toujours souriante. Les danseurs et les danseuses sont particulièrement concentrés, comme si cette pièce représentait bien plus pour eux et j’en comprendrais la signification un peu plus tard dans la journée (lire plus bas dans l’article).

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Je ne saurais expliquer avec précision avec quelle application tous se sont maquillés, les gestes étaient précis, les mains ne tremblaient pas et les traits étaient délicats. Moi qui ai toujours detesté attendre une femme qui se maquille pendant des heures (et oui !) j’ai trouvé passionnant de les voir se transformer lentement. Comme si le masque transformait également leur personnalité !

Puis vint enfin le moment de réunir musiciens et danseurs.

Premier filage :

Comment vous décrire ? Comment expliquer cette émotion qui m’a traversé, l’impression d’assister à un spectacle différent de tout ce que j’ai pu voir à Bali. Une telle concentration, une telle ferveur dans les gestes et la délicatesse des mouvements.

Le filage (qui signifie en jargon artistique : jouer la pièce du début à la fin sans interruption) a commencé par une prière commune. Tous sont Hindous-bouddhistes et donc ne prient pas pour eux même comme me l’ont expliqué les musiciens.

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Les deux petites chanteuses se sont mises à danser et tiennent une place importante dans la création, puis les hommes avec des gestes pleins de grâce et à certains moments presque martiaux (certains mouvements me faisaient penser au Pencak Silat Indonésien). Puis les femmes m’ont hypnotisé avec l’incroyable complexité de leur danse : les doigts, les yeux, le cou tout bouge en même temps et en harmonie ! Je peux vous dire que j’ai demandé à quelques danseurs de me montrer quelques gestes et j’ai paru bien ridicule, grand grand respect pour toute la troupe.

Je n’ai pas vu le temps passer et pourtant la pièce dure presque 30 minutes mais je ne savais plus quoi regarder, quoi écouter tant il y avait d’informations. Les entrelacements de rythmes, de mélodies, les pas de danse, les regards… Et puis quelle est l’histoire de cette pièce ?

Une histoire vraie, et un message de vie :

Lorsque je posais ma question à Pacet, il me dit d’observer les costumes: tous en partie brulés, déchirés bien qu’ils semblent complexes. Pourquoi ?

Et bien, la mère du chorégraphe (que vous voyez en pantalon rouge dans la vidéo donner des conseils aux danseuses, le chorégraphe..pas sa mère!) tenait la plus importante boutique de tenues traditionnelles de Bali pour danseurs, et ce lieu a brulé. Incendie criminel ? Accident ? Pas de réponse à ce sujet, mais dans ce drame la quasi-totalité des costumes a disparu et seuls quelques uns ont pu être sauvé et sont aujourd’hui portés par la troupe. Pas de réparation, ils n’ont pas cherché à gommer les traces noircies par les flammes, non !

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Mais alors, pourquoi ? La pièce raconte un drame, raconte l’histoire de ces costumes, mais fait écho au fait qu’on peut leur donner une seconde vie dans l’art. Comme la vie, les coups durs ne nous empêchent pas de revivre, même amputés du corps, du cœur il reste encore assez pour faire de sa vie un chef d’œuvre et la rendre belle.

Voilà l’incroyable signification de cette pièce, la musique a été entièrement composée par Pacet, le chorégraphe a poussé les danseurs plus loin que la tradition et je me rends compte que j’assiste à quelque chose de nouveau ici. La rencontre entre des artistes passionnés voulant faire passer un message dans leur création.

Un interlude explosif :

Après plusieurs filages, nous mangeons ensemble, puis le travail reprend plus en détail tout l’après midi. Nous dinons encore ensemble en fin de journée puis le frère de Pacet commence à jouer avec Fab, je sors immédiatement ma flûte et nous improvisons tous ensemble, les musiciens prennent tous un à un leur instruments ou quelque chose qui produise un son, un des danseurs se joint à nous, je l’accompagne et l’alchimie se produit. La musique monte en intensité, les corps transpirent, les sourires deviennent impossibles à défaire et la fin de la jam est un réel moment de partage entre nous tous qui change définitivement nos relations. Je n’ai pas eu le cœur de couper cette vidéo et je la partage avec vous dans son intégralité, pardonnez les caméramans qui se sont succédés afin d’immortaliser ce moment et parfois tremblent un peu dans leur mouvement.

Observez comment la pression monte au fur et à mesure jusqu’au paroxysme final ! Moment rare.

 

Un dernier effort :

La nuit est tombée, les corps sont fatigués tout comme les esprits mais la bonne humeur est pourtant toujours la. Un dernier filage, un dernier effort de concentration avant de rentrer se reposer après cette longue journée.

Personne ne râle, tout le monde est prêt, les sourires ne s’effacent pas et chacun donne tout ce qui lui reste d’énergie pour donner à cette dernière heure de travail tout son éclat.

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Au final, j’ai été bluffé encore une fois par leur manière de travailler, j’ai pu avoir la chance de voir Bali autrement durant ces derniers jours et je remercie encore Pacet de m’avoir ouvert toutes ces portes, de m’avoir invité chez lui, d’avoir partagé tant de choses avec moi. J’ai appris la valeur du sourire au contact de tous ces artistes qui sont devenus mes amis maintenant et j’espère que vous apprécierez cette vidéo, volontairement longue, car je ne me lasse pas d’observer chaque détail, chaque respiration, tout m’a fasciné et continue de le faire !

Je vous offre ce rare moment, partagez le autour de vous si vous l’avez aimé et si vous avez l’occasion de vous rendre sur cette magnifique île foncez écouter le groupe Gamelan Suling Gita Semara et dites bonjour à Pacet de ma part ! Il vous accueillera avec son sourire habituel, sans aucun doute.

2 Responses to Bali autrement: une répétition générale intense et poétique

  1. Ledo dit:

    Ne t’inquiète pas trop pour la durée de cette vidéo. Personnellement, je la trouve trop courte, pleine de poésie et de zénitude. On file acheter un billet d’avion 🙂

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