La notion de Famille dans les Arts Martiaux

arts martiaux

Famille et Arts martiaux :

 

arts martiauxMardi après midi sous le soleil écrasant de Bornéo, assis à l’ombre de la Long House de Matthew (lire l’article sur le Sape), mon ordinateur en main pendant qu’un de mes amis qui m’a rendu visite se familiarise avec la nature environnante.

Ces derniers temps ont été riches en rencontres et en intenses réflexions sur la vie et sur la notion d’Art. Je savais déjà que les connections se faisaient bien plus facilement entre musiciens, ou entre dessinateurs, avec d’autres pratiquants d’arts martiaux ou même d’autres surfeurs. Bref, entre personnes partageant une même passion !

Mais cette notion de famille prend de plus en plus de sens avec les années et notamment avec les Arts martiaux. Pour ceux qui ne le savent pas je vais clarifier un peu mon parcours dans ce domaine. (Vous pouvez aussi lire une interview sur le blog surlaroutemartiale.com)

J’ai commencé les arts martiaux tardivement à 21ans, avec le Karaté Shotokan comme la plupart des gens, car j’avais envie d’apprendre à me défendre. La vie parisienne est une vie agressive surtout quand on débarque de son île et qu’on a tendance à faire confiance à tout le monde facilement, après quelques déboires j’ai donc décidé d’apprendre à défendre ma peau. Donc plutôt un besoin égoïste au départ, dénué de recherche spirituelle et de philosophie ou seulement celle de : « je veux devenir plus fort ». Plus tard s’est posée la question du : pourquoi ?

Ce style de karaté m’a endurci mais je ne sentais pas ce petit truc que je cherchais et qui n’avait pas encore de nom dans ma tête. J’ai donc essayé de nombreux autres styles tout en continuant ma route dans le Shotokan jusqu’à mon 1er dan (plus de détails sur l’article de Florian). A cette époque je m’entrainais sans relâche presque tous les jours mais seul dans un Dojo, et l’un des professeur, (une masse ! Une tête de plus que moi, les 100Kgs passés, un mental et une tête qui en disent long sur la personne) était présent en permanence sur les tatamis à faire des séries d’exercices dont les mouvements m’étaient totalement inconnus … Après quelques semaines il a commencé à m’entrainer en tête à tête, mes bras sont devenus bleus à force d’encaisser ses coups et il m’a décomplexé d’affronter bien plus massif que moi, et avant de partir, Toroff, celui que je considère à présent comme mon premier Maitre m’a introduit auprès du sien, Oshiro Sensei et là j’ai pris les pires branlées de ma vie ! A ne pouvoir toucher presque personne, et la sensation d’être fragile…Un vrai bouleversement et une remise en question énorme !

Ma première famille d’arts martiaux, le Goju Ryu :

Mon premier pas dans les arts martiaux « internes » 

arts martiaux

Oshiro Sensei et une partie de la famille avant mon départ

J’ai donc étudié intensément le Goju Ryu et le Kobudo d’Oshiro Sensei pendant 6ans, je l’ai suivi à Okinawa 2 années de suite afin de m’entrainer. J’y ai rencontré son Maitre Choyu Kiyuna et bien d’autres moins connus mais avec un niveau juste incroyable ! J’y ai eu la sensation encore renouvelée d’être un gosse qu’un adulte domine physiquement avec facilité, et tout ça avec des personnes âgées voire très âgées (Kiyuna Sensei approche de 85 si mes souvenirs sont bons).

Après mon deuxième voyage j’ai senti un changement s’opérer en moi, la sensation de faire partie d’une famille d’initiés mais surtout contrairement aux autres « clubs » d’arts martiaux je n’ai perçu aucune rivalité, pas de compétition entre nous, juste une entraide mutuelle. Quand quelqu’un ne réussit pas on ne le blâme pas, on l’aide à faire mieux, les plus anciens et les plus avancés prennent le temps d’apprendre aux nouveaux, pas de jalousie juste du respect.

arts martiaux

Entrainement au Dojo de Gibo Sensei-Okinawa photo: Jefferson Bavarois

Je crois que c’est ce qui fait toute la différence entre un club d’arts martiaux et une famille, on trouve dans l’un la motivation de progresser dans la rivalité et l’envie d’être aussi fort, dans l’autre cette même motivation est décuplée par la sensation d’être respecté quelque soit son niveau. Ce qui importe c’est l’attitude mentale, l’attitude martiale et non pas l’aptitude. A partir de la les progrès sont considérables car on s’ouvre aux autres et les autres nous transmettent ce qu’on leur donne et ils ne sons pas là que pour la pratique de l’art martial mais de vraies amitiés se nouent en dehors des tatamis.

Le Goju Ryu a été et est toujours ma première réelle famille dans les Arts Martiaux, de par les entrainements, les fous rires, les blessures, les coups durs et les vraies amitiés cette famille a joué un rôle essentiel dans mon parcours.

Ma 2e famille, le White Crane Kung-fu :

J’ai eu peur de ne pas trouver d’équivalent en quittant la France ou de mettre du temps à m’intégrer, j’ai donc tout de suite commencé à chercher des maitres sur place mais mon attention était centrée sur une personne en particulier que je souhaitais rencontrer, un Maitre de White Crane (style à l’origine du Goju Ryu, je reviendrais sur l’histoire dans un autre article).

Arts martiaux

Sifu Ling- White Crane Kung-fu

L’un des anciens de ma famille parisienne m’avait parlé avant mon départ d’un Maitre de White Crane sur Bornéo dont il n’avait ni le nom ni le contact. Je suis donc parti sans information aucune, j’ai contacté des clubs sur place de Kungfu, d’Aikido, de Karaté aussi, de Penchak Silat, tous avaient entendu parler de ce fameux Maitre mais ils semblaient presque tous ne pas trop l’apprécier ou en avoir un peu peur (c’etait ma sensation) et je ne trouvais chez aucun d’eux une pratique à la hauteur de mes attentes, beaucoup d’égo et un niveau relativement bon mais pas exceptionnel. J’ai donc continué à chercher, j’ai obtenu un numéro de téléphone qui ne marchait pas, un autre sans résultat et finalement une adresse email sur un forum. J’ai contacté cette personne qui semblait enseigner le White Crane et il s’est avéré qu’il s’agissait de Sifu Ling, le Maitre que je cherchais, il m’a posé par mail de nombreuses questions en commençant par : comment m’as tu trouvé ? Il a ensuite accepté de me recevoir lors d’un de ses cours, je suis resté à observer les entrainements de loin sur une chaise sans m’y joindre, sans qu’il me parle non plus ou à peine. Puis il s’est assis à la fin du dernier entrainement et m’a posé une tonne de questions, notamment sur l’Art en général, la musique, ma vision des choses et m’a dit de revenir le lundi et de m’entrainer pour essayer. Petit à petit j’ai obtenu sa confiance et il m’a enseigné plus, nous sommes rentrés dans les détails, je suis passé discuter avec lui la ou il cuisine en journée (il est cuisinier pour gagner sa vie !) et j’ai eu enfin cette sensation d’avoir rencontré un Maitre aussi imposant et intriguant que Oshiro Sensei.

arts martiaux

Fun time avec quelques des frères du Kung-fu et Richard un américain venu s’entrainer spécialement avec Sifu

Sifu Ling est une force de la nature, un parcours hors du commun et un caractère plus que bien trempé ! Mais c’est un personnage qui a une histoire et qu’il faut amadouer en douceur, comme une bête sauvage à qui il faut montrer avec patience qu’on ne veut aucun mal. Quelques mois après mon arrivée il m’a pris à part pour me proposer de faire la cérémonie du Thé avec un autre étudiant, cette cérémonie consiste à offrir le thé au Maitre en présence de tous les anciens élèves qui l’ont faite et qui symbolise la confiance qu’il m’offre ainsi que la permission d’être accepté dans sa famille de Kung-fu… Aucun problème avec le fait de faire partie d’une famille de Karaté pour lui, ça aurait par contre été le cas si je faisais déjà partie d’une autre famille de Kung-fu par contre.

J’ai donc franchi le cap de cette cérémonie très intime et nos relations ont complètement changé, tout comme avec Oshiro et ma famille du Goju les anciens me soutiennent, échangent avec moi, m’aident à progresser, Sifu me dévoile plus de ses secrets entrainement après entrainement mais surtout j’ai pu constater que si j’avais besoin d’aide n’importe qui de cette nouvelle famille viendrait à mon secours, que ça soit physiquement, financierement ou moralement je peux compter sur mes nouveaux « frères » …Ce qui est incroyable vu que je suis le seul blanc et que ça ne fait qu’une demi année que je suis là.

Quel est le rapport entre Famille et Art :

Il est intrinsèque, ces familles ne remplaceront pas ma réelle famille de sang, mais ce sont des groupes de personnes qui se rassemblent autour d’un leader qui fait office de père (ou de mère car il existe des Maitres femmes) et qui doivent être unis autour de sa philosophie et s’entraider. Il existe des familles d’Arts martiaux dont les valeurs ne correspondent pas aux miennes mais je crois à celles que m’ont transmis Oshiro Sensei et Sifu Ling, et bizarrement elles trouvent tout leur sens également dans la Musique.

Je terminerais cet article par une pensée personnelle :

Il n’y a pas plusieurs arts, il y a l’Art avec un grand A qui regroupe autant de familles et d’ethnies que de diversité humaine. Et derrière tout ces Maitres, toutes ces familles il y a quelque chose qui les unit et c’est ce quelque chose dont je veux percer le mystère

8 Responses to La notion de Famille dans les Arts Martiaux

  1. Florian dit:

    Génial, sympa comme article !

  2. Lédo dit:

    Karaté, Goju Ryu, Kobudo, Shotokan, pour nous c’est du chinois 🙂

    吻。祝你今天愉快!

  3. Tommy dit:

    Merci pour l’article. J’ai essayé différentes disciplines et cette structure familiale je ne l’ai pour l’instant trouvée qu’en Qwan Ki Do.

    • Niko Coyez dit:

      Merci pour ton commentaire Tommy, tu pratique avec qui? Personnellement je suis convaincu que la discipline n’a rien à voir avec cette sensation de famille, c’est le maitre qui donne le ton et crée cette atmosphère. Chez certains il règne une ambiance perpétuelle de compétition, chez d’autres on pousse plus loin l’exploration de soi, comme dans tous les arts en fait… 😉
      A bientôt!

  4. Laurent D. dit:

    Salut Niko, super intéressant et au niveau de l’écriture ça se lit tout seul! …

Leave a Reply

Travelinmelody 2014 @ All right reserved